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Le Défi Des Pauvres

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  Directeur de publication : Dr BOMDA Justin Archives  

  Numero 12 de juillet 2007 : DOSSIER

  Quelques articles du dossier:

  Mécanisme d'une alliance stratégique :
  Partenariat Afrique - Asie

L’Afrique devra s’arrimer au vent de l’évolution du monde moderne ou disparaître. Telle est la conclusion à laquelle sont arrivés les experts à laquelle j’associe ma voix au regard de son image présentée sur la face du monde. En effet, depuis les années 80, la situation de l’Afrique ne fait que se dégrader. Au cours de ces mêmes années, plusieurs pays africains avaient les mêmes indicateurs économiques que certains pays d’Asie comme la Chine. Alors qu’en douze ans la Chine est devenue un géant mondial (la 6 ème puissance économique du monde avec un taux de croissance du PIB à deux chiffres), certains pays africains organisent des festivités grandioses pour célébrer leur admission au club des Pays Pauvres très endettés (PPTE). D’autres, mènent encore un combat sans merci pour accéder à ce club, pendant qu’il existe seulement une très faible minorité qui continue de clamer leur fierté d’être africains et refusent de se soumettre aux multiples dictats. La voie empruntée par les Africains me paraît être la voie la plus sûre pour se perdre.

L’Inde et la Chine, à l’instar de la majorité des pays asiatiques ont pris conscience de leur état de pauvreté et, ont décidé de prendre des mesures endogènes pour endiguer la situation, parce que convaincus qu’aucune mesure exogène ne peut les aider à s’en sortir durablement. C’est cette politique audacieuse engagée depuis plus d’une dizaine d’années qui leur a permis d’obtenir des résultats que nous relevons aujourd’hui pour les en féliciter. Ces deux approches diamétralement opposées n’ont produit que des résultats diamétralement opposés.

I- Eléments clés des politiques économiques et sociales en Asie : Cas de la Chine et de l’Inde

 Pays

 Inde

 Chine

Taux de croissance réel du PIB

8,2

9,1%

 Incitations fiscales :
   - Impôts sur le revenu
    - Importation de biens de production
   - impôt société
 
 12,5%
 0%
 25%
 
 5%
 0%
 20%
 Gouvernement de l’entreprise ( Classement Transparency international )   88 e / 133 pays   66 e /133 pays
  Force de travail ( Temps de travail réel annuel )  2 300 h  4 900 h
 Qualité de travail
   Production horaire
   Contribution
 
 -
 -
 
 1 253
 1 303 120
Source : IZF, OIT, Rapport d’infos. Commission des affaires économiques

Il ressort de ce tableau que les points forts de la politique de ces deux pays ont été :

  • une politique économique incitative ;
  • une main d’œuvre qualifiée ;
  • une politique de travail indépendant des normes internationales ;
  • une politique fiscale incitative ;
  • une gouvernance propice aux investissements.

L’on peut donc conclure que la politique économique en Asie a été un rouleau propulseur des investissements.

II- Eléments clés de la politique économique et sociale de l’Afrique

 Pays

 Ghana

 Cameroun

 Sénégal

Environnement macroéconomique
   - Taux de croissance du PIB
 
 5,4%
 
 4.5%
 
 4.3%
 Incitations fiscales
   - Impôts sur revenu
   - Impôts sur l’importation
   - Impôt société
 
 32,5%
 5%
 10%
 
 35 %
 20%
 38,5%
 
 35%
 18%
 35%
 Gouvernement de l’’entreprise (Classement Transparency International)  70e / 133   124e /133 pays   76 e / 133 pays
 Force de travail ( Temps de travail réel annuel)   2 000 h  1 800 h   1 800 h
Qualité de travail    - Production horaire
   - Contribution au PIB
   
  600
 1 248 000
 
Source  : IZF, OIT, Rapport d’infos. Commission des affaires économiques

L’on constate à la lecture de ce tableau que les points forts de la politique africaine ont été les suivants : pression fiscale élevée ; piètre gouvernement de l’entreprise (corruption galopante) ; durée de travail réduite ; qualité de travail médiocre ; politiques macroéconomiques inadaptées ; instabilité politique et sociale ; etc.

La conclusion qui se dégage à partir de ce tableau est qu’alors que la politique économique de la plupart des pays africains a été un rouleau compresseur de l’investissement :

III. En conclusion générale

La situation de l’économie mondiale présente une image marginalisante de l’Afrique par rapport au reste du monde telle que retracée dans les tableaux ci-dessous :

Evolution des parts de l’Asie dans le Commerce Mondial entre 1980 et 2002

Années

1980

2002

Exportations

17,9%

23%

Importations

13,1%

20,8%

Part IDE (Investissements Directs étrangers)en Asie

18%

44%

Source : www.Ticad.net, 2004

Evolution des parts de l’Afrique dans le commerce mondial entre 1980 et 2002

Années

1980

2002

Exportations

6%

2%

Importations

4,6%

2,1%

Part IDE ( Investissements Directs étrangers) en Afrique

12%

5%

Source  : www.Ticad.net, 2004

Il ressort de ces tableaux qu’entre 1980 et 2002, la part des exportations de l’Afrique dans le commerce mondiale est passée de 6% à 2%. Quant aux importations, elles sont passées de 4,6% à 2,1%. « L’Afrique représente donc 2% dans les échanges mondiaux », a conclu tristement le TICAD dans son rapport en 2004.

Tandis qu’en même temps, les exploitations asiatiques sont passées de 17% à 23% et les importations de 13,1% à 20% entre 1980 et 2002

Par ailleurs, les statistiques actuelles permettent de conclure que l’écrasante majorité des pays africains se retrouvent dans la catégorie des pays pauvres, alors que la plus part des Etats asiatiques sont des pays à revenus intermédiaires tels qu’illustré dans le tableau ci-après :

Rapport sur le partage des richesses dans le monde en 1999

 

Les plus riches

Les moyens

Les plus pauvres

Population mondiale.

20%

60%

20%

Partage du PNB mondial

86%

13%

1%

Partage des exportations des biens et des services

82%

17%

1%

Partage des investissements directs à l'étranger

68%

31%

1%

Partage des utilisateurs d’Internet

93.3%

6.5 %

0.2 %

Source  : PNUD, 1999.

Au regard de ce tableau, force est de conclure que la part de l’Afrique dans le partage des revenus mondiaux est réduite à une portion congrue. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’elle est absente.

IV. Quelle stratégie  d’alliance ?

Mais l’Afrique dispose encore d’une chance de réussite, si elle entreprend des reformes courageuses et copie de bons exemples. Pour le faire, l’une des opportunités offertes en ce début du 21 e Siècle est d’établir un partenariat avec l’Asie et plus particulièrement la Chine et l’Inde. Dans ce contexte, l’initiative avait déjà été prise par le Japon et les Nations Unies dans le cadre du TICAD (Tokyo International Conférence of Africa) et qui a reçu l’onction de l’Union Africaine. C’est dans ce cadre que la grande majorité des entrepreneurs des pays africains et asiatiques, sous la supervision du PNUD ont décidé de créer AABC pour faire face aux défis et profiter des opportunités du futur.

La création d’AFRASIA Business Council en Ile Maurice le 30 mars 2005 s’inscrit dans le cadre du suivi des engagements du TICAD III en 2003 à Tokyo au Japon, en conformité avec le plan d’action à court terme du NEPAD, offrant ainsi un instrument pour la promotion de partenariats d’affaires durables et mutuellement bénéfiques entre l’Afrique et l’Asie. En effet, il apparaît essentiel d’initier une action volontariste visant à générer, structurer et développer de manière significative et durable les flux de commerce et d’investissement privé entre les deux continents en tenant compte de la contribution potentielle du commerce entre l’Asie et l’Afrique au plan d’Actions des Nations Unies pour les affaires, afin de contribuer à la réalisation des huit objectifs du millénaire que sont : éradiquer l’extrême pauvreté et la faim dans le monde ; promouvoir l’éducation primaire universelle ; promouvoir l’égalité de sexes ; réduire la mortalité infantile ; améliorer la santé maternelle ; combattre le VIH/SIDA et les autres maladies ; promouvoir un environnement sain et durable ; développer des partenariats pour le développement.

Pour rendre ces objectifs opérationnels et efficaces, le PNUD et AABC ont décidé de créer au sein de AABC un instrument permettant de promouvoir à la fois l’entreprise citoyenne, les exportations et la sécurisation des investissements réalisés tant en Asie qu’en Afrique. Cette structure dénommée Africa global Business Facilities comporte trois fenêtre essentielle à savoir  :

- Un fonds de solidarité destinée aux actions de lutte contre la pauvreté, la création des activités génératrices d’emplois de revenus et le renforcement des capacités.

- Un fonds de capital risque  destiné à promouvoir les joints venture entre les entrepreneurs africains et asiatiques ;

- Un mécanisme de garantie des échanges et d’investissements  dans les secteurs à haut potentiel de croissance tels que l’agriculture, les mines, l’industrie, etc.

Si nos travaux peuvent permettre à l’Union Africaine d’endosser le projet et de le promouvoir au sein des institutions spécialisées, l’Afrique aura fait un pas, je dirais même un grand pas dans la quête de sa dignité et de son indépendance.
Dr Paul K. Fokam
Président AABC   


Coopération :
L’Afrique et l’Asie se regardent

Le modèle de développement asiatique captive et impressionne de plus en plus les dirigeants africains alors qu’au même moment, l’Asie se tourne vers les marchés africains. Décryptage.

« Il y a une quarantaine d’années, lorsque nous accédions à l’indépendance, un certain nombre de pays de l’Asie du Sud et de l’Est se situaient à un niveau de développement voisin du nôtre. A force de travail, de progrès éducatif et de patriotisme, ces pays, aujourd’hui ‘’émergeants’’, ont fait reculer la pauvreté et sont en voie de rejoindre les pays les plus avancés » . Cet extrait du message du Président Paul Biya à la nation camerounaise le 31 décembre 2006 se passe de tout commentaire. C’est que depuis quelques années, l'Afrique regarde vers l'Asie et vis versa. Commerce, investissements et assistance technique sont au menu des échanges sans cesse croissants. En 2005 par exemple, les échanges sino-africains s’élevaient à 39,7 milliards dollars, en hausse de 35 % par rapport à l’année précédente. Il y a cinquante ans, ils ne dépassaient pas 12 millions de dollars ! Fin 2005, la Chine comptait plus de 800 entreprises sur le continent, pour un total de 6 milliards de dollars d’investissements, selon des chiffres publiés par Jeune Afrique Hors-Série, N°14 – édition 2007. Les produits primaires – pétrole, fer, bois, diamant, manganèse, cuivre, coton représentent 87% de la totalité des importations chinoises en provenance d’Afrique. Quant aux exportations asiatiques en direction de ce continent, elles ont augmenté considérablement au point où leur compétitivité présente des inconvénients pour l'Afrique. Les marchés sont ainsi inondés des textiles et du riz bon marché en provenance d'Asie, ce qui oblige les producteurs locaux à vendre leurs propres produits à prix réduit. Néanmoins, les pays asiatiques sont souvent en mesure d'offrir du matériel industriel, des engrais et des biens de consommation à des prix bien inférieurs à ceux que les partenaires commerciaux habituels de l'Afrique (ceux du Nord) lui proposent.

L’Occident aussi

Par ailleurs, même les pays occidentaux ne sont pas épargnés par la montée en puissance des pays asiatiques. «  En 2006, et pour la première fois, les importations chinoises en Europe étaient plus importantes que celles provenant des Etats-Unis. La Chine a ainsi vendu pour 191,5 milliards d’Euros aux 25 pays de l’Union européenne (UE), un chiffre en augmentation de 21% par rapport à 2005, tandis que les importations américaines s’élevaient à 176,2 milliards d’Euros » (Jeune Afrique N°2411 mars 2007). Bien plus, la firme japonaise Toyota est devenue le numéro un mondial des constructeurs automobiles avec 2 348 000 véhicules vendus dans le monde. Elle est passée devant l’américaine General Motors (GM). Une démonstration de force des pays asiatiques sur l’économie mondiale qui ne pouvait laisser personne indifférent. Pas même les dirigeants africains, de plus en plus impressionnés et captivés par la manière avec laquelle les Asiatiques négocient les subtilités de la mondialisation. Autre fait d’arme à mettre à leur actif, les politiques vigoureuses du secteur public qui ont contribué à la croissance économique "miracle" de l'Asie de l'Est. Ce qui a amené certaines organisations internationales à admettre que la libéralisation des marchés avait ses limites et qu'il importait de renforcer les moyens de l'Etat en Afrique. Ce sont ces raisons et bien d’autres qui ont amené le Président Paul Biya à reconnaître dans son adresse suscitée qu’« il ne nous est pas interdit de nous inspirer de leur expérience. » On se rappelle en effet, que la coopération entre le Cameroun et la Chine date de 1961 et qu’elle touche pratiquement tous les secteurs (santé, éducation, agriculture, travaux publics, etc.). Illustration de l’exemplarité de cette coopération, la dernière visite du Président chinois Hu Jintao à Yaoundé en fin 2006, quelques mois après que le Président Paul Biya ait participé au 1 er sommet Chine-Afrique le 3 novembre 2006 à Beijing. En somme, au regard des liens historiques qui les unissent, l’Afrique et l’Asie sont appelés à coopérer davantage dans le cadre d’un partenariat « gagnant-gagnant ».

Patrick Demanou

 
Le Défi des Pauvres Mensuel
C'est un bulletin d'information et de liaison interne produit mensuellement pour rendre compte et relayer les informations du réseau MC². Il est complémentaire à la version magazine publiée trimestriellement.

Date création : février 2003
Pagination : 4 pages

Directeur de publication : Dr Justin BOMDA

Rédacteur en Chef et mise en page : Patrick DEMANOU
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