L’Afrique devra s’arrimer au vent de l’évolution du monde moderne ou disparaître. Telle est la conclusion à laquelle sont arrivés les experts à laquelle j’associe ma voix au regard de son image présentée sur la face du monde. En effet, depuis les années 80, la situation de l’Afrique ne fait que se dégrader. Au cours de ces mêmes années, plusieurs pays africains avaient les mêmes indicateurs économiques que certains pays d’Asie comme la Chine. Alors qu’en douze ans la Chine est devenue un géant mondial (la 6 ème puissance économique du monde avec un taux de croissance du PIB à deux chiffres), certains pays africains organisent des festivités grandioses pour célébrer leur admission au club des Pays Pauvres très endettés (PPTE). D’autres, mènent encore un combat sans merci pour accéder à ce club, pendant qu’il existe seulement une très faible minorité qui continue de clamer leur fierté d’être africains et refusent de se soumettre aux multiples dictats. La voie empruntée par les Africains me paraît être la voie la plus sûre pour se perdre.
L’Inde et la Chine, à l’instar de la majorité des pays asiatiques ont pris conscience de leur état de pauvreté et, ont décidé de prendre des mesures endogènes pour endiguer la situation, parce que convaincus qu’aucune mesure exogène ne peut les aider à s’en sortir durablement. C’est cette politique audacieuse engagée depuis plus d’une dizaine d’années qui leur a permis d’obtenir des résultats que nous relevons aujourd’hui pour les en féliciter. Ces deux approches diamétralement opposées n’ont produit que des résultats diamétralement opposés.
I- Eléments clés des politiques économiques et sociales en Asie : Cas de la Chine et de l’Inde
Pays |
Inde |
Chine |
|
Taux de croissance réel du PIB
|
8,2 |
9,1% |
Incitations fiscales :
- Impôts sur le revenu
- Importation de biens de production
- impôt société
|
12,5%
0%
25%
|
5%
0%
20%
|
| Gouvernement de l’entreprise ( Classement Transparency international ) |
88 e / 133 pays |
66 e /133 pays |
|
Force de travail ( Temps de travail réel annuel ) |
2 300 h |
4 900 h |
Qualité de travail
Production horaire
Contribution
|
-
-
|
1 253
1 303 120
|
Source : IZF, OIT, Rapport d’infos. Commission des affaires économiques
Il ressort de ce tableau que les points forts de la politique de ces deux pays ont été :
- une politique économique incitative ;
- une main d’œuvre qualifiée ;
- une politique de travail indépendant des normes internationales ;
- une politique fiscale incitative ;
- une gouvernance propice aux investissements.
L’on peut donc conclure que la politique économique en Asie a été un rouleau propulseur des investissements.
II- Eléments clés de la politique économique et sociale de l’Afrique
Pays |
Ghana |
Cameroun |
Sénégal |
Environnement macroéconomique
- Taux de croissance du PIB |
5,4% |
4.5% |
4.3% |
Incitations fiscales
- Impôts sur revenu
- Impôts sur l’importation
- Impôt société
|
32,5%
5%
10% |
35 %
20%
38,5% |
35%
18%
35%
|
| Gouvernement de l’’entreprise (Classement Transparency International) |
70e / 133 |
124e /133 pays |
76 e / 133 pays |
| Force de travail ( Temps de travail réel annuel) |
2 000 h |
1 800 h |
1 800 h |
Qualité de travail
- Production horaire
- Contribution au PIB
|
|
600
1 248 000 |
|
Source : IZF, OIT, Rapport d’infos. Commission des affaires économiques
L’on constate à la lecture de ce tableau que les points forts de la politique africaine ont été les suivants : pression fiscale élevée ; piètre gouvernement de l’entreprise (corruption galopante) ; durée de travail réduite ; qualité de travail médiocre ; politiques macroéconomiques inadaptées ; instabilité politique et sociale ; etc.
La conclusion qui se dégage à partir de ce tableau est qu’alors que la politique économique de la plupart des pays africains a été un rouleau compresseur de l’investissement :
III. En conclusion générale
La situation de l’économie mondiale présente une image marginalisante de l’Afrique par rapport au reste du monde telle que retracée dans les tableaux ci-dessous :
Evolution des parts de l’Asie dans le Commerce Mondial entre 1980 et 2002
Années |
1980 |
2002 |
Exportations |
17,9% |
23% |
Importations |
13,1% |
20,8% |
Part IDE (Investissements Directs étrangers)en Asie |
18% |
44% |
Source : www.Ticad.net, 2004
Evolution des parts de l’Afrique dans le commerce mondial entre 1980 et 2002
Années |
1980 |
2002 |
Exportations |
6% |
2% |
Importations |
4,6% |
2,1% |
Part IDE ( Investissements Directs étrangers) en Afrique |
12% |
5% |
Source : www.Ticad.net, 2004
Il ressort de ces tableaux qu’entre 1980 et 2002, la part des exportations de l’Afrique dans le commerce mondiale est passée de 6% à 2%. Quant aux importations, elles sont passées de 4,6% à 2,1%. « L’Afrique représente donc 2% dans les échanges mondiaux », a conclu tristement le TICAD dans son rapport en 2004.
Tandis qu’en même temps, les exploitations asiatiques sont passées de 17% à 23% et les importations de 13,1% à 20% entre 1980 et 2002
Par ailleurs, les statistiques actuelles permettent de conclure que l’écrasante majorité des pays africains se retrouvent dans la catégorie des pays pauvres, alors que la plus part des Etats asiatiques sont des pays à revenus intermédiaires tels qu’illustré dans le tableau ci-après :
Rapport sur le partage des richesses dans le monde en 1999
|
Les plus riches |
Les moyens |
Les plus pauvres |
Population mondiale. |
20% |
60% |
20% |
Partage du PNB mondial |
86% |
13% |
1% |
Partage des exportations des biens et des services |
82% |
17% |
1% |
Partage des investissements directs à l'étranger |
68% |
31% |
1% |
Partage des utilisateurs d’Internet |
93.3% |
6.5 % |
0.2 % |
Source : PNUD, 1999.
Au regard de ce tableau, force est de conclure que la part de l’Afrique dans le partage des revenus mondiaux est réduite à une portion congrue. Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’elle est absente.
IV. Quelle stratégie d’alliance ?
Mais l’Afrique dispose encore d’une chance de réussite, si elle entreprend des reformes courageuses et copie de bons exemples. Pour le faire, l’une des opportunités offertes en ce début du 21 e Siècle est d’établir un partenariat avec l’Asie et plus particulièrement la Chine et l’Inde. Dans ce contexte, l’initiative avait déjà été prise par le Japon et les Nations Unies dans le cadre du TICAD (Tokyo International Conférence of Africa) et qui a reçu l’onction de l’Union Africaine. C’est dans ce cadre que la grande majorité des entrepreneurs des pays africains et asiatiques, sous la supervision du PNUD ont décidé de créer AABC pour faire face aux défis et profiter des opportunités du futur.
La création d’AFRASIA Business Council en Ile Maurice le 30 mars 2005 s’inscrit dans le cadre du suivi des engagements du TICAD III en 2003 à Tokyo au Japon, en conformité avec le plan d’action à court terme du NEPAD, offrant ainsi un instrument pour la promotion de partenariats d’affaires durables et mutuellement bénéfiques entre l’Afrique et l’Asie. En effet, il apparaît essentiel d’initier une action volontariste visant à générer, structurer et développer de manière significative et durable les flux de commerce et d’investissement privé entre les deux continents en tenant compte de la contribution potentielle du commerce entre l’Asie et l’Afrique au plan d’Actions des Nations Unies pour les affaires, afin de contribuer à la réalisation des huit objectifs du millénaire que sont : éradiquer l’extrême pauvreté et la faim dans le monde ; promouvoir l’éducation primaire universelle ; promouvoir l’égalité de sexes ; réduire la mortalité infantile ; améliorer la santé maternelle ; combattre le VIH/SIDA et les autres maladies ; promouvoir un environnement sain et durable ; développer des partenariats pour le développement.
Pour rendre ces objectifs opérationnels et efficaces, le PNUD et AABC ont décidé de créer au sein de AABC un instrument permettant de promouvoir à la fois l’entreprise citoyenne, les exportations et la sécurisation des investissements réalisés tant en Asie qu’en Afrique. Cette structure dénommée Africa global Business Facilities comporte trois fenêtre essentielle à savoir :
- Un fonds de solidarité destinée aux actions de lutte contre la pauvreté, la création des activités génératrices d’emplois de revenus et le renforcement des capacités.
- Un fonds de capital risque destiné à promouvoir les joints venture entre les entrepreneurs africains et asiatiques ;
- Un mécanisme de garantie des échanges et d’investissements dans les secteurs à haut potentiel de croissance tels que l’agriculture, les mines, l’industrie, etc.
Si nos travaux peuvent permettre à l’Union Africaine d’endosser le projet et de le promouvoir au sein des institutions spécialisées, l’Afrique aura fait un pas, je dirais même un grand pas dans la quête de sa dignité et de son indépendance.
Dr Paul K. Fokam
Président AABC